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Exposition à l’Institut du monde arabe… Palestine : La création dans tous ses états

 

 

lundi 6 juillet 2009


Rompant enfin avec cette idée fausse et toute faite selon laquelle les Arabes ne pratiquent guère les arts plastiques, le monde de l’art semble découvrir, depuis deux ou trois ans, que les créateurs arabes comptent en leurs rangs quelques très grands artistes et de nombreux peintres, sculpteurs, photographes, vidéastes et autres auteurs d’installations, de grand talent.

 

À l’occasion de deux importantes ventes aux enchères spécialement consacrées à leurs œuvres – organisées à Dubaï, en 2007 puis en 2008, par la célèbre maison Christie’s –, les prix des toiles de plusieurs peintres arabes contemporains ont ainsi atteint des centaines de milliers, voire des millions de dollars, rivalisant de ce fait avec ceux des grands maîtres indiens, chinois, européens ou américains. Cette année, le plus grand collectionneur de la planète, Georges Saatchi, propriétaire de la plus vaste galerie d’art moderne au monde, a présenté à Londres, une remarquable exposition de jeunes artistes moyen-orientaux, New Art from the Middle East. Et, pour sa 53ème édition, la Biennale d’art contemporain de Venise, accueille, pour la première fois en 2009, un pavillon palestinien…

Jamais pourtant, au cours de la longue histoire du monde arabe – et particulièrement du Moyen-Orient –, les arts plastiques n’ont cessé d’être exercés non plus qu’appréciés. Pendant des siècles, et jusqu’à nos jours, des écoles exigeantes autant que prestigieuses ont formé et forment encore d’illustres calligraphes et enlumineurs. Des miniaturistes ont créé des chefs-d’œuvre. L’art de l’icône y a atteint des sommets – ainsi que le montrait, à l’IMA, l’exposition Icônes arabes du Levant (2003). Et, dès le début du vingtième siècle, Le Caire d’abord, les autres capitales et grandes villes du monde arabe ensuite, se sont dotées de facultés des Beaux-arts…

Depuis plus de vingt ans qu’il a ouvert ses portes, l’Institut du monde arabe, s’est employé, année après année, à présenter la création contemporaine arabe dans le domaine des arts plastiques, au travers de plusieurs dizaines d’expositions, monographiques, thématiques, rétrospectives… C’est ce qu’il fait une nouvelle fois aujourd’hui, en donnant à voir à son public les travaux récents d’artistes palestiniens.

L’IMA, ce faisant, s’associe, d’une part, au choix de la Ligue des États arabes de faire de Jérusalem la capitale de la culture arabe en 2009, et d’autre part, inscrit cette exposition dans le prolongement de celle, Artistes palestiniens contemporains, qu’il a présentée en 1997, dans le cadre, plus vaste, d’un Printemps palestinien qui dressait, cette année-là, en France, un ambitieux panorama de la culture et des arts palestiniens. L’Institut du monde arabe reprend-là le fil d’une quête qui est celle-là même de la plupart des créateurs dont les œuvres sont ici rassemblées – artistes locaux, de Palestine, ou issus de la diaspora – et qui consiste à tenter d’identifier, à travers le prisme d’une situation historique complexe et à l’aune d’un terrible destin, les éléments épars d’une esthétique palestinienne.

« Pendant cinq siècles, les mythes, les sites imaginaires et l’histoire religieuse de la Palestine ont été une importante source d’inspiration pour la tradition picturale d’Europe », écrivait le peintre Kamal Boullata, également critique d’art, au début du catalogue de l’exposition de 1997. À la généreuse profusion de cette influence profonde et à ses cheminements innombrables, feraient écho aujourd’hui, par-delà les époques et les lieux, les tentatives et les expérimentations multiples d’un art contemporain palestinien qui s’est forgé dans l’exil et le déplacement.

L’exposition d’aujourd’hui diffère de celle d’hier en cela surtout qu’elle met en scène la différence des sexes, des générations, des techniques qui sont ceux des créateurs contemporains palestiniens. Ainsi, l’importante présence des femmes-artistes (Jumana Abboud, Rana Bishara, Rula Halawani, Mona Hatoum, Sandi Hilal, Noel Jabbour, Raeda Saadeh) atteste, bien évidemment, d’une évolution profonde des mentalités et de la société ; en intériorisant les violences de la guerre, en illustrant les conflits par des témoignages plus distanciés et plus mélancoliques, leurs œuvres paraissent souvent donner accès à l’autre côté du miroir, à cet ailleurs où se résolvent, presque naturellement, les plus cruels paradoxes.

Les œuvres des « grands anciens » (Kamal Boullata, Samia Halaby, Suha Shoman), exposées dans la proximité de travaux plus récents (Fawzy Emrany, Mohammed Al-Hawajri, Steve Sabella, Hany Zurob), permettront de dégager des perspectives qui, de convergences en divergences, donneront à lire la diversité, l’effervescence de l’art palestinien. Mais c’est peut-être dans la multiplicité et la mixité des techniques que se verra le mieux la recherche constante des créateurs de Palestine, comme si tous les médias, tous les possibles se devaient d’être convoqués pour dire un monde dont les repères, dont les frontières, dont la réalité échappent chaque jour un peu plus à ceux qui veulent les dire et les cerner. En témoignera notamment la maîtrise de plusieurs artistes-vidéastes travaillant sur la notion de la trace (Emily Jacir), du déplacement (Taysir Batniji, Larissa Sansour, Sherif Waked) ou de la mémoire (Khalil Rabah), comme autant de marques indélébiles infligées par l’usurpation suprême.

M. Kh.

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article11071

Art contemporain palestinien …Un autre visage de la Palestine !

D’autres vivent en Israël et en Palestine, dans la bande de Ghaza et en Cisjordanie. Chacun et chacune à sa manière et selon ses propres influences et orientations picturales et artistiques, utilise une multiplicité et une mixité de styles, de techniques et de thèmes qui «permettent de dégager des perspectives qui, de convergences en divergences, donnent à lire la diversité, l’effervescence de l’art palestinien».
Rompre avec l’idée selon laquelle les «Arabes ne pratiquent guère les arts plastiques». Tel est l’un des objectifs affiché par l’Institut du monde arabe qui organise cette exposition de grande envergure soutenue par la Fondation Total, le journal le Monde et bien d’autres partenaires.
En effet, contrairement à cette idée reçue qui semble prégnante, il apparaît que depuis quelques années, l’on découvre de «très grands artistes et de nombreux peintres, sculpteurs, photographes, vidéastes... de grand talent» issus du monde arabe.
Deux événements majeurs ont contribué à cette révélation. Tout d’abord, deux ventes aux enchères consacrées aux artistes du monde arabe qui ont eu lieu à Dubaï en 2007 et 2008 à l’initiative de la Maison Christie’s et dont les toiles «rivalisent avec celles des œuvres des grands maîtres chinois, indiens, européens ou américains».
En 2009, l’organisation, à Londres, d’une grande exposition intitulée «New art from the Middle-East», à l’initiative du collectionneur Georges Saatchi au cours de laquelle des jeunes artistes du Moyen-Orient ont eu tout le loisir d’exhiber leurs oeuvres mettant ainsi en scène leurs talents d’artistes.
Ainsi, dans un esprit de continuité, c’est au tour de l’Institut du monde arabe d’offrir un espace à la création contemporaine palestinienne qui est le reflet et la somme de «tentatives et expérimentations multiples d’un art contemporain palestinien qui s’est forgé à l’évidence, dans l’exil et le déplacement». Un art «qui ne reflète pas l’art occidental mais- l’utilise, s’en empare et le prend au vol» - pour nous livrer - «l’essence même de l’expérience palestinienne de ces soixante dernières années».
Cette initiative est l’occasion pour l’IMA de s’associer «au choix de la Ligue des Etats arabes de faire de Jérusalem la capitale de la culture arabe en 2009». Et d’autre part, de reprendre «le fil d’une quête qui est celle-là même de la plupart des créateurs... qui consiste à tenter d’identifier, à travers le prisme d’une situation historique complexe et à l’aune d’un terrible destin, les éléments épars d’une esthétique palestinienne».
Cette exposition protéiforme qui rassemble un panel d’artistes, de démarches, de supports, de techniques, de styles allant de la peinture, à la photographie, à la sérigraphie, à la sculpture, la performance, à l’installation, à la vidéo et bien d’autres moyens d’expression artistique nous met face à des regards singuliers qui nous livrent leur propre définition d’une situation politique et socio-économique qui ne finit pas de durer. Elle nous offre la vision que ces artistes se font de leur patrie usurpée, de leur terre confisquée, des citronniers, oliviers, orangers déterrés, arrachés, «assassinés».
«My grandfather loved our land» (mon grand-père aimait notre terre).
My mother loved our land» (Ma mère aimait notre terre). «We love our land» (nous aimons notre terre), avoue Larissa Sansour dans son film vidéo Land Confiscation Order06/24/T posant d’emblée la problématique du territoire comme élément indissociable de l’identité collective et personnelle des Palestinien(ne)s. La terre... L’expropriation... L’arrachement... L’exil... Le déplacement... Le transit... Le retour… Autant d’aspects et de symboles que ces artistes pour la plupart vivant hors du territoire palestiniens cherchent à mettre en lumière, à faire (re)vivre et à immortaliser à travers leurs productions artistiques. Comme s’ils/elles cherchaient à exorciser la douleur nationale... leur propre douleur tapie au fond de leur être.
L’imaginaire profondément marqué par une histoire nationale complexe et douloureuse, chacun et chacune des artistes palestiniens, à sa propre manière, à travers son propre langage, ses propres techniques et styles met en scène un protagoniste principal : la Palestine.
Chacun et chacune nous donne à voir une réalité crue. Loin des caméras qui censurent. Loin des discours qui diabolisent et dénigrent. Loin des mains qui instrumentalisent. La Palestine dans «tous ses états» ! La Palestine... filmée, photographiée, dessinée, peinte, gravée... dans sa réalité à la fois injuste et absurde. La Palestine ! Au passé. Au présent. Surtout au présent. L’Avenir est à peine chuchoté. A peine Susurré. Car en gestation... Probablement !A travers sa vidéo, Chic Point, Fashion for israeli Checkpoints, Sherif Waked met en scène symboliquement la liberté de mouvement entravée. Des corps, collectifs ou individuels soumis à une «surveillance humiliante». Les brimades quotidiennes vécues par les Palestiniens au moment du passage des checkpoints. Une démarche «douce» et «amère» qui consiste à puiser des codes d’un défilé de mode au cours duquel des hommes défilent portant des vêtements (chemises…) dévoilant leur abdomen. Des habits spécialement conçus pour le passage des checkpoints. Shérif Waked vise ainsi à dénoncer les «méthodes humiliantes employées par les soldats israéliens, astreignant les hommes palestiniens de découvrir leur ventre afin de s’assurer qu’ils ne portent pas de ceinture d’explosifs autour de leur corps».
Stand by 60, une série de sept tableaux peints au goudron mêlé au henné et aux pigments par Hani Zurob faisant référence à l’attente du peuple palestinien représentée par la figure quasi abstraite d’un homme assis «se mouvant avec difficulté, dans un maelström de couleurs sourdes».
Des photos en noir et blanc prises en 2008 par Taysir Batjini représentant des miradors israéliens en Cisjordanie qui, de plus en plus, envahissent le territoire palestinien.
(Suivra)
De Paris, Nadia Aggsous

La Palestine à Paris (ou sur la Lune ?)

17 juillet 2009

 

 

 

 

Alors que cette année Jérusalem est capitale de la culture arabe (plus sur ce sujet dans quelques jours), l’Institut du Monde Arabe présente les travaux d’une vingtaine d’artistes palestiniens (jusqu’au 22 novembre). Sur les 19, dix ont moins de quarante ans et onze sont des femmes; neuf vivent en Palestine, les autres sont exilés et reviennent quand on les laisse passer. A part ces statistiques, le danger auquel n’échappe pas une exposition de ce genre est d’être trop attrape-tout, de manquer d’unité et d’être un simple catalogue : certes, toutes les oeuvres ou presque ont une dimension politique, ce qui est quasiment inévitable dans ce cas, mais elle est souvent ironique ou insinuée plus que militante. L’attachement viscéral à la terre et à la culture est aussi une constante, réaffirmée face aux agressions. Mais ni la scénographie, ni le choix des artistes ne parviennent à dépasser ce côté catalogue. Néanmoins, quelques belles découvertes.

 

 

 

 

 

 

 

Larissa Sansour présente deux belles vidéos: dans l’une, Land confiscation order 06/24/T, il est question d’une maison qui va être démolie par les Israéliens, d’abricotiers qui vont être arrachés, d’un territoire qu’on prend, d’une identité qu’on détruit et des parades impossibles que deux jeunes gens tentent d’improviser : ceindre la maison d’un tissu noir pour la rendre invisible ou sacrée, changer d’identité, rêver surtout (à côté, Suha Shoman dans Bayyaratina parle aussi de plantations, d’arbres fruitiers arrachés et de terres volées). L’autre vidéo, A Space Exodus, montre la gracile jeune femme planter le drapeau de son pays sur la Lune (en haut) : quel autre territoire leur reste-t-il ? Elle danse légèrement, fièrement et salue la Terre de la main. Cette courte séquence est un poème d’espoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Rana Bishara, outre un keffieh fait de bracelets de contention pour prisonniers, a conçu une installation étrange et dangereusement poétique, Hommage to Childhood. Dans une grande pièce, le sol est jonché de petits ballons gonflables à l’intérieur desquels sont enfermées des photos d’enfants des camps palestiniens. La pièce baigne dans une douce lumière, on entend une jolie berceuse, douceur que viennent démentir les auréoles en barbelé qui flottent au plafond : comment garder un esprit d’enfant face à l’oppression ? Comment jouer en échappant aux barbelés ? Peut-on rester encore un peu insouciant ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Taysir Batniji a photographié à la Becher les Miradors de surveillance israéliens, Sharif Waked a conçu des vêtements laissant à découvert le ventre pour résister ironiquement à l’humiliation du déshabillage imposé aux check-points israéliens et Khalil Rabah rêve à la création de United States of Palestine Airlines. Mona Hatoum présente un tapis mité en carte du monde et Emily Jacir une tente où ont été brodés les noms de 418 villages palestiniens épurés ethniquement pendant la Nakba, l’expulsion des Arabes en 1947/48.

 

 

 

 

 

 

 

Les photographies qui m’ont le plus touché sont celles du Mur de séparation, empiétant généreusement sur le territoire palestinien, photos prises de nuit par Rula Halawani (The Wall). De nuit ? en cachette ? Halawani qui travaille à Birzeit était si désemparée, si meurtrie par la construction de ce mur de la honte qu’elle se sentait incapable de le voir de jour. Il acquiert la nuit un aspect encore plus angoissant, plus mortifère : on pense au Docteur Mabuse de Fritz Lang et à ses suites.

http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2009/07/17/la-palestine-a-paris-ou-sur-la-lune/

 




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